L’apprentissage : une voie d’avenir mise au garage ? 2


La possibilité donnée aux jeunes de réaliser leurs études par l’apprentissage dès 14 ans risque de disparaître suite
à une décision du Sénat la semaine dernière. Ceci constituerait une régression significative.

La raison qui motiverait ce renoncement serait le fait que ces jeunes seraient des « sacrifiés » sur l’autel du « socle
de connaissances ». Autrement dit, en étant apprentis ils n’auraient pas la possibilité de développer les savoirs
nécessaires.

Nous voici revenus aux vieilles lunes de la lutte entre « le manuel » et « l’intellectuel » qui voudrait que l’un
s’opposât à l’autre. Nous voici revenus aux vieilles lunes qui ignorent la différence entre les enfants en voulant les
mettre tous aux mêmes rythmes, dans les mêmes structures.

Bref nous voici bien revenus à la mauvaise image de l’apprentissage que nous pensions être enterrée bien
profondément. Manifestement nous nous étions trop optimistes. C’est désolant pour nos jeunes dans la mesure où
ils seront les premiers à en pâtir.

Nous savons tous que de nombreux jeunes s’ennuient à l’école pour diverses raisons ; qu’ils sont remplis de
motivation et d’envie pour « autre chose que l’école ». Au moins momentanément. Enlever la possibilité à ces
jeunes de démarrer l’apprentissage revient à les parquer sur une voie de garage dans l’attente d’avoir 16 ans avec
l’énorme risque de voir leur motivation se déliter et ainsi de leur voir prendre la voie définitive de l’échec.

C’est oublier que l’un des moteurs les plus puissants de l’éducation est l’envie. Un jeune qui « a envie » est
capable de bien des miracles. A l’inverse un jeune qui s’ennuie s’inscrit dans la spirale de l’échec dont il est
ensuite très difficile de le sortir.

En tant que directeur de Grande Ecole de Management qui a développé fortement l’apprentissage et qui a
fortement milité pour son développement dans l’enseignement supérieur, j’ai pu mesurer les énormes avantages
éducatifs de cette forme d’alternance qui a permis à des jeunes étudiants de réussir ensuite leur vie, alors qu’une
autre voie ne les aurait pas conduits au succès. Contrairement à ce que beaucoup pensent ce sont souvent des
étudiants qui se révèlent en cours d’apprentissage excellents en termes académiques. Une de mes grandes
fiertés est d’avoir conduit des étudiants titulaires d’un BEP ou diplôme similaire au doctorat et à des fonctions
significatives d’encadrement dans les entreprises où ils réussissent très bien au moins aussi bien que les étudiants
ayant suivi des scolarités plus conventionnelles.

En effet il est inepte de penser que parce qu’un élève serait apprenti, il serait mis dans l’impossibilité de continuer
à développer les savoirs académiques fondamentaux qui sont en effet, plus que jamais indispensables à toute
carrière. Bien au contraire ; parce qu’il sera davantage motivé pour le faire, parce qu’il aura compris au fur et à
mesure l’intérêt « de la théorie ».

Il n’est pas ubuesque de penser qu’un élève en apprentissage à 14 ans réunisse le bac dans ce cadre-là et accède
ensuite à l’enseignement supérieur au plus haut niveau.

Je pensais que cette vraie révolution était bien en marche depuis quelques années. Manifestement ce qui s’est
passé au Sénat la semaine dernière nous montre que les esprits ne sont pas encore tout à fait gagnés à cette idée
révolutionnaire. Travaillons-y en conservant présent en mémoire cette phrase de Montaigne : « un élève n’est pas
un vase qu’on remplit, mais un feu qu’on allume ».


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2 commentaires sur “L’apprentissage : une voie d’avenir mise au garage ?

  • Emmanuelle Mebratu

    Je vous rejoins tout à fait dans votre vision de l’apprentissage, et tiens à noter qu’une partie non négligeable de la réussite de l’apprentissage en formation initiale est l’accompagnement de ces apprenants pas comme les autres par la structure éducative qui les héberge.
    En effet, la pratique m’a amené à considérer l’apprentissage comme une formidable tremplin d’employabilité, comme une alternative d’apprentissage pour ceux que les bancs de l’école ennuient, mais également comme un risque: le risque de « perdre » l’apprenant, totalement investi dans sa mission de salarié, et désinvestissant sa mission d’apprenant, que ce soit dans le contexte académique ou bien dans le contexte professionnel. Certains se laissent happer par le « faire » au quotidien, perdant de vue le « apprendre à faire » (sous la pression également des employeurs, il faut bien l’admettre).
    C’est pourquoi il me semble essentiel d’accompagner ces apprenants dans cette double vie (salarié et étudiant) qu’ils doivent assumer pour plusieurs années pour certains, en plus évidemment de leur vie personnelle.